Marie-Claude White

Site photographique de Marie-Claude White

Le texte ci-dessous, présenté lors de l'exposition « Mangrove » à Paris en 1997 (voir la page Expositions) et mis à la disposition des visiteurs, avait pour but de présenter une démarche, a priori surprenante, et d'éclairer sa cohérence. On trouvera une présentation (légèrement réduite) de cette exposition dans la rubrique Photographies..

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Mangrove

Petite promenade jubilatoire parmi les formes et au-delà des formes

Le lieu de cette exploration est la mangrove (en l'occurrence, celle de la presqu'île de la Caravelle à la Martinique), un lieu plein par excellence : terres originelles, richesse des formes, vie et mort.

L'exposition propose un itinéraire, à la fois réel et mental. Après avoir traversé diverses zones de la mangrove, de la forêt dense jusqu'au rivage sableux, elle suit, étape par étape, tout le processus de l'expérience artistique, depuis le sensible jusqu'à l'abstrait. On y va de l'immersion à l'émergence, du délire à la décantation, de la plénitude au vide, de la perception à la création.

L'itinéraire commence au cœur de la mangrove proprement dite, et par une série de photographies qui met en relief les enchevêtrements des branches et des racines des palétuviers rouges, et a pour but de plonger le spectateur dans le lieu, d'en révéler le foisonnement organique et les richesses formelles du végétal.

Il se poursuit par la traversée d'une zone d'arrière-mangrove, « l'étang bois sec », comme on l'appelle en Martinique, car l'étendue très dénudée est parsemée de souches de mangles morts. Les forces de la vie laissent le champ libre aux forces des éléments, le foisonnement fait place au dépouillement. Une deuxième série de photographies se concentre sur ces formes figées, dégagées de leur contexte végétal, sculptées par le sel et le vent. On s'achemine vers la forme pure, on avance vers l'abstraction.

Un peu plus loin, on traverse une vaste zone périodiquement immergée, domaine des crabes « cé ma faute » (uca rapax), dont les traces laissées sur le sable donnent matière à une troisième série de photographies. Ici, l'œil du photographe se faisant plus attentif, traque les « œuvres » de ces « artistes des sables », superposant son propre regard à ces « ready-made » naturels dans un processus d'appropriation, créant « l'apparition ».

L'itinéraire se termine sur un rivage limoneux, qui est le lieu d'investigation de la quatrième et dernière série de photographies. L'œil fouille les traces dans le détail, isole, construit, la lecture du lieu s'affine de plus en plus. Le contexte, minimal, devient alors prétexte à l'artiste pour faire surgir ses propres images mentales, pour donner sens, le monde fournissant les formes, et l'esprit, la syntaxe.

Manifestation et illustration de la notion même de géopoétique, cette exposition entend présenter tout l'itinéraire qui consiste à aller du lieu à l'œuvre. Il s'agit à la fois d'une sensibilisation générale à l'espace géopoétique et d'une voie artistique particulière.

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L'exposition est accompagnée d'un poème, dont les diverses sections, présentées sous le même format que les photos, sont intercalées avec celles-ci.

 

Troncs, rameaux, racines enchevêtré
jets, entrelacs, arcs-boutants,
croisements et chevauchements

vertige du plein
miroitements sur le limon noir

plus loin
souches blanchies
dressées, courbées, tordues

sculptures absolues
du soleil et du sel

plus loin encore
j'ai rencontré l'œuvre rare
du dessinateur des sables
Ucca rapax

à la fin
les yeux comblés
à la lisière du vide
j'ai pu voir

les images de mon cerveau.

 

 


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